Quand les rideaux se sont ouverts sur Le Justicier de la Nuit, la comédie musicale écrite et mise en scène par deux professeurs de l’Ermitage International School avec l’aide précieuse de parents bénévoles, le public ne se doutait pas de l’incroyable aventure vécue en coulisses par les élèves-acteurs. Parmi eux, Mathis, élève passionné, a relevé un défi de taille : incarner deux rôles radicalement opposés, celui du capitaine de la garde tyrannique et du bouffon du roi tendre et maladroit, tout en contribuant aux chorégraphies et aux décors. Entre rires et stress, il partage dans cette interview toute son expérience : de la préparation, à la représentation sur scène en passant par l’impact que cette aventure théâtrale a eu sur lui. Une plongée dans les coulisses d’un projet collectif où le théâtre est bien plus qu’un spectacle : c’est un lieu de passion, d’apprentissage et d’épanouissement.

Quel rôle as-tu joué dans la comédie musicale ?
Je jouais les rôles de Tyranos le capitaine de la garde du roi, antagoniste de la pièce lors du premier spectacle, et de Timmy, bouffon du roi et personnage principal lors du second. C'est par l'adaptation de mon jeu d'acteur que j'ai su remplir au mieux les deux rôles, bien que radicalement opposés.
Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ces personnages ?
Ce que j'apprécie particulièrement dans le personnage de Tyranos est tout d'abord sa perfidie. À travers sa cruauté, camouflée par une façade noble, le personnage offre un jeu particulièrement intéressant à interpréter, et l'ignominie crue du personnage le rend tout à fait détestable. La façon dont il ne retient aucun coup, tout en jouant les aristocrates méprisants afin de rendre chaque affrontement aussi humiliant que possible (par des joutes verbales ou des duels) fait de lui un antagoniste pur très amusant à jouer. Quand je jouais Tyranos, je me laissais porter par mon texte et les sensations que je devais transmettre, car ce jeu d'acteur mêlé à la complicité du personnage avec ses sbires, en faisait un rôle grisant à jouer.
Ensuite, le personnage de Timmy se distingue par sa tendresse et sa sensibilité. Ce que j'ai particulièrement apprécié chez lui était sans aucun doute le fait qu'il n'apprend pas, le rapprochant d'un héros de films à la Veber. Par exemple, il tente de manier l'épée, mais à la fin, il est toujours aussi mauvais, et ce, même après 15 jours d'entraînements avec le meilleur maître d'arme. Le fait que cette histoire ne soit en rien un parcours initiatique donne une facette, à moitié naïve, à moitié enjouée, au personnage, ce qui rend son rôle d'autant plus touchant à jouer.

Comment t'es-tu senti avant, durant et après le spectacle ?
Avant le spectacle, j'étais légèrement stressé par l'idée de ne pas pouvoir aussi bien assurer le rôle de Timmy, que celui de Tyranos puisque j'avais beaucoup plus de facilité à incarner ce dernier. Timmy était en effet un personnage étonnamment difficile à jouer, car contrairement à Tyranos, il n'est pas aussi caricatural. J'ai ainsi dû me plonger entièrement dans ce rôle, bien que j'ai réussi à le jouer correctement le jour du spectacle.
Pendant le spectacle, je ne ressentais rien. Ma concentration était absolue et je ne réfléchissais plus à mes répliques qui s'enchaînent naturellement. C'est en me plongeant dans cet instinct d'acteur, pour ressentir et non réciter machinalement mes répliques, que j'ai pu pallier des complications durant la répétition. Par exemple, j'ai dû improviser spontanément des lignes de dialogue quand je réclamais à la taverne un pichet qui avait (déjà) été posé sur la table. Mon personnage ayant un ton mielleux voulant faire parler quelqu'un qu'il détestait ouvertement aurait dû dire "Qu'on apporte un pichet de votre meilleur vin à mon ami Yogolo !" j'ai à la place improvisé " Ah, nous sommes partis du mauvais pied, vous et moi, tenez, je vais vous servir de ce merveilleux vin de pays…" Je ne peux pas réellement dire que ces moments étaient stressants, j'étais tellement dans mon rôle que cela me paraissait naturel, et j'ai pu continuer le texte sans difficulté après.
Bien que je ne sois pas stressé sur scène, quelques minutes après le spectacle, je me suis mis à trembler légèrement. C'est ensuite l'ivresse du moment qui a coupé mes tremblements quand je devais saluer le public. Une réelle sensation de surprise m'envahit alors. Étant très exigeant envers moi-même, tant sur le plan scolaire que sur le plan théâtral, j'étais agréablement surpris par un succès auquel je ne m'attendais pas.

Quel a été ton secret pour réussir à jouer deux rôles principaux ?
La passion. Il faut dire que cela fait longtemps que le devoir du théâtre s'est mêlé à une passion brûlante qui me pousse à me donner jusqu'au bout pour pouvoir être digne de la scène. C'est cette passion qui me gardait éveillé pour apprendre mes textes, pour les jouer avec le plus de fidélité aux attentes des scènes et des personnages. Le talent est loin d'être la seule vertu qui aurait pu me guider pour accomplir ce devoir, puisque la répétition, la patience et la volonté sont les clefs de cet art. Seulement avec la conscience que je pouvais aligner ces éléments, je pouvais endosser cette responsabilité. Selon moi, l'excellence n'est pas un art, c'est une habitude. On devient ce pour quoi on se bat. Cela ne venait pas sans conséquence bien évidemment, car j'ai dû faire une croix sur de nombreuses opportunités et d'autres passions. J’ai par exemple abandonné mon parcours compétitif en tant que judoka pendant toute l'année afin de dédier celle-ci à mes rôles, mais aujourd'hui encore, je ne regrette rien.
Mes deux rôles ne sont d'ailleurs pas les uniques responsabilités que je me suis fixé, car j'étais aussi responsable de la sélection des musiques d'entre scènes, la création de certains éléments de décors tels que les barreaux de prison, et l'intégralité des 5 chorégraphies martiales à orchestrer - en plus de la formation des acteurs.

D’où t’es venu l’inspiration pour les chorégraphies martiales ?
L'inspiration m'est venue de jeux de combats tels que Darksouls ou Sekiro, dont certains mouvements étaient parfaits pour représenter le personnage de Tyranos. Ces jeux furent une base sur laquelle j'ai pu m'appuyer puisque je n'avais absolument aucune expérience dans le domaine du maniement de l'épée ou de la chorégraphie. Certaines soirées étaient parfois même passées exclusivement à regarder des chorégraphies martiales, pour m'imprégner de connaissances et bâtir un résultat original, cohérent et assez simple à exécuter pour que les membres de la troupe puissent manier l'épée facilement.
Comment te prépares-tu avant de monter sur scène ?
Je ne révise pas mon texte, au contraire, je ne veux pas m'angoisser davantage. Tout ce qui était à faire, je l'ai déjà fait. À ce moment, il me faut me recentrer sur moi-même. Je me prépare en faisant différents exercices respiratoires (la respiration carrée), en faisant le vide dans ma tête, en essayant de m'oublier un instant afin de mieux me recentrer et en écoutant la playlist de mes musiques préférées de NieR Automata. Les musiques de cette franchise de jeux-vidéos sont empreintes d'une sérénité et d'un calme apaisant que je ne saurai décrire, leurs atmosphères mystiques m'aident énormément à m'échapper à travers ces univers fictifs.
Qu’est-ce que cette aventure t’a appris sur toi-même ?
Cette aventure m'a ouvert l'esprit sur les nombreux horizons du théâtre. Si “Les couleurs de la vie”, la précédente comédie musicale de l’Ermitage International School, a su faire naître cette passion ardente qui sommeillait en moi, le justicier de la nuit a su entretenir cette flamme, à tel point que désormais, je m'interroge pour la suite de ce fabuleux voyage, et je sais que je n'aimerai pas qu’il s’arrête. Pour moi, continuer le théâtre, ça serait continuer de rêver, car même après plusieurs années passées à en faire, je le vis toujours avec le cœur d'un petit enfant : c’est un émerveillement perpétuel.
As-tu une anecdote drôle ou un moment inoubliable à nous partager ?
Voici une petite anecdote pour mieux comprendre l’héroïne de la comédie musicale, Daphnée. Son prénom a été inspiré de la princesse Daphne de la légendaire série de jeux Dragon’s Lair : un jeu très difficile dans lequel un chevalier doit sauver la princesse Daphne des griffes d’un dragon. M. Erny, le créateur de la comédie musicale, grand fan de ce jeu, le terminait sans effort dans les salles d’arcade, alors que la plupart des joueurs avaient du mal à dépasser les premiers niveaux ! C’est l’un de ses jeux préférés, et malgré son rôle de professeur de musique et de metteur en scène, il faut savoir qu’il est aussi un expert dans la création de mondes fantastiques et d’aventures à travers des jeux de rôle comme Donjons & Dragons. Sa passion pour l’univers fantasy s’est d’ailleurs transmise à ses enfants… et à certains de ses anciens élèves !
